comparaison vmc decentralisee et centralisee en europe

En Europe comment utilise-t-on la VMC décentralisée et centralisée ?

Comment nos voisins européens prennent en compte l’amélioration de la qualité de l’air intérieur : enjeu majeur de santé publique.

Comment traitent-ils le sujet ?

Éléments de réponse à partir d’une étude réalisée, à la demande de la FFB, en France, Allemagne, Autriche, Royaume-Uni, Suède et Espagne.

En France, des dispositions existent pour :

  • le renouvellement d’air minimum
  • l’étiquetage des produits de construction
  • ou encore la surveillance de la qualité de l’air intérieur dans les ERP.

Qualité de l’air et VMC décentralisée et centralisée

Et pour les polluants ?

En France la réglementation thermique RT 2012 pour les bâtiments neufs améliore la performance énergétique des bâtiments.

Cela passe notamment par le renforcement de l’isolation et de l’étanchéité à l’air.

En cas de ventilation inadaptée ou mal réglée, les polluants ne peuvent plus être évacués par les défauts d’étanchéité de l’enveloppe. Cela entraîne une dégradation de la qualité de l’air intérieur.

Ces polluants s’accumulent dans les bâtiments.

Ils sont principalement dus :

  • à la pollution extérieure
  • aux actions des occupants : cigarettes, bougies, produits d’entretien
  • à des équipements de combustion peu performants
  • ou encore aux émissions des matériaux et produits de construction
  • ainsi que du mobilier.

Sur le plan réglementaire

Dès 1982, sur le plan réglementaire, la France fixe des débits de renouvellement d’air minimaux dans les logements.

Plus récemment, un décret de 2011, modifié en 2015, impose la surveillance de la qualité de l’air dans certains établissements recevant du public ERP : crèches, écoles.

À noter enfin qu’un étiquetage obligatoire des produits de construction et de décoration a été mis en place en 2013. Il indique les émissions de COV, Composés organiques volatils : formaldéhyde, benzène.

En dehors des exigences réglementaires en la matière dans notre pays, il y a bien là une vraie question de santé publique, avec à la clé un coût très important. Une étude réalisée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a évalué à 19 milliards d’euros minimum le coût annuel de la pollution de l’air intérieur en France. Cette première étude a porté sur 6 polluants : benzène, trichloréthylène, monoxyde de carbone, radon, particules et fumées de tabac.

Une difficulté commune : l’humidité due au manque de ventilation

Comme nous, nos voisins européens, ont mis en œuvre des réglementations thermiques améliorant l’isolation.

Mais ils sont confrontés aux mêmes problèmes.

Les moisissures et l’humidité sont fréquentes, surtout dans les logements rénovés. Ils sont bien isolés mais sans système de ventilation ou inadaptés.

Autriche et Allemagne

Dans les années 90, le problème est apparu.

Des taux importants de CO2 sont relevé dans les écoles et les bâtiments réhabilités.

Depuis une dizaine d’années, les plaintes se multiplient dans ces deux pays, émanant de locataires. Ils se plaignent de la condensation sur les fenêtres et des moisissures, notamment dans les logements sociaux bien isolés.

Suède

Dés les années 80, le problème a même surgi de façon brutale.

En réponse au choc pétrolier de 1973, le pays lance alors une vaste campagne d’isolation des logements pour réduire sa facture énergétique, mais sans prendre en compte la ventilation.

Les conséquences sont lourdes : 1 million de personnes développent des problèmes respiratoires. 25 % de la population souffre d’asthme, 40 % des écoliers sont atteints d’allergies ou d’hypersensibilité.

Les spécialistes désignent une cause principale : la mauvaise qualité de l’air intérieur, due au trop faible renouvellement d’air dans les logements.

Espagne

La réglementation impose une ventilation hybride ou simple flux dans les logements, adaptée au climat du pays. Mais beaucoup d’occupants ont l’habitude d’ouvrir les fenêtres pour aérer.

En raison de la crise économique, la qualité de l’air intérieur ne semble pas faire partie des priorités.

Royaume-Uni 

La pollution de l’air intérieur est identifiée comme un problème de santé publique il y a une quinzaine d’années. Ce pays compte le plus grand nombre d’asthmatiques en Europe.

La qualité des VMC décentralisée et centralisée doit être améliorée

Partout des mesures plus ou moins contraignantes sont prises pour améliorer l’efficacité de la ventilation :

  • recommandations sur les débits minimums
  • formation des installateurs débouchant sur une qualification
  • exigences sur le contrôle et la maintenance des installations.

Autriche

Pas de débits minimums réglementaires dans les logements et tous les systèmes sont autorisés.

Une formation de 5 jours est proposée depuis 2009 aux installateurs, débouchant sur une certification ; une soixantaine d’entreprises sont qualifiées à ce jour.

Espagne

Enfin en résidentiel des débits minimaux de ventilation sont imposés.

Une maintenance annuelle est préconisée.

Mais les architectes privilégient la ventilation naturelle hybride, moins efficace que la double flux mais plus simple à mettre en œuvre.

Royaume-Uni

Par ailleurs des débits de renouvellement d’air sont définis dans les constructions neuves et aux rénovations.

Mais le lot ventilation n’est pas considéré comme stratégique par les maîtres d’œuvre. Ils sont réticents à installer des systèmes performants comme les double flux.

Concernant la pose, le code de la construction recommande de faire appel à une personne compétente. Une formation dédiée aux installateurs de systèmes de ventilation réglementés est déployée depuis 2011.

Suéde

En raison des problèmes de santé publique apparus dans les années 80, des mesures drastiques ont été prises.

Ainsi un débit de renouvellement d’air minimum de 0,35 litre/s/m2 de plancher est imposé dans le neuf et recommandé en rénovation.

Logiquement les systèmes double flux sont un standard dans le tertiaire depuis des années.

Dans le résidentiel, une formation des installateurs, et personnel de chantier, est mise en place dès 2003 dans le cadre d’un programme pour les acteurs de la filière.

Ce pays est par ailleurs le seul à imposer un contrôle et un entretien général des installations. Tous les 6 ans pour la VMC simple flux, et tous les 3 ans pour la VMC double flux.

Si bien que dans le collectif, une maintenance est systématiquement réalisée dans le cadre de l’entretien du bâtiment.

Ces mesures font de la Suède le pays le plus en pointe en matière de ventilation et de qualité de l’air intérieur.

Dans les autres pays étudiés, il n’y a aucune obligation d’entretien et de maintenance des équipements de ventilation.

Le marché de la ventilation réorganise les professionnels de la ventilation et du chauffage

En outre chez nos voisins européens, le marché de la ventilation se caractérise par la cohabitation de 2 grands types d’acteurs :

  • d’une part, des spécialistes historiques de la ventilation. Ils proposent des produits de type résidentiel ou tertiaire.
  • et d’autre part, des spécialistes du chauffage apparus avec le développement de la ventilation double flux.

Dans le neuf 

Les acteurs de la filière anticipent le renforcement des réglementations thermiques.

La récupération de chaleur s’impose pour atteindre le niveau zéro énergie à l’horizon 2020.

En rénovation

Certainement le marché va croître. Afin de résoudre les problèmes de dégradation du bâti liés à l’humidité et aux moisissures.

Allemagne

Evidemment les unités décentralisées avec récupération de chaleur se développent.

Par exemple, installées dans les chambres à coucher il y a eu en 2013 : 50 000 à 80 000 unités vendues.

Royaume-Uni

C’est ainsi que le Green Deal, plan de financement des travaux de rénovation énergétique par un fournisseur d’énergie, ne prend pas en compte la ventilation.

Mais on voit apparaître un ensemble de solutions bon marché et sans conduit, donc simple :

  • ventilation mécanique continue décentralisée, extracteur continu
  • unité décentralisée avec récupération de chaleur, à installer sur un mur extérieur : 10 500 unités vendues en 2013
  • ventilation par insufflation, VMI : 28 500 unités vendues en 2013

Egalement le marché britannique est caractérisé par l’essor d’offres groupées englobant rénovation thermique et ventilation. Elles prennent en compte l’impact du logement sur l’environnement et la santé.

VMC double flux : à installer en réfléchissant

Certains pays ont pris des mesures obligatoires pour améliorer la ventilation des bâtiments. Par exemple, avec la VMC double flux un élément indispensable pour atteindre les performances thermiques réglementaires dans les bâtiments neufs ou en rénovation.

Allemagne

La performance énergétique des bâtiments bénéficiant d’aides de la banque publique KfW doit être supérieure de 40 % par rapport à la réglementation thermique en vigueur. Une exigence qui implique aussi la mise en œuvre d’une VMC double flux.

Cependant il existe des freins à la généralisation des systèmes de VMC double flux. Aussi bien de la part des bailleurs, des maîtres d’œuvre que des utilisateurs finaux.

Royaume-Uni

Conformément au programme gouvernemental de rénovation énergétique des logements sociaux il est accordé des subventions aux bailleurs à la condition de mettre en place des VMC double flux dans leurs logements.

Autriche

En revanche le gouvernement a décidé de ne pas généraliser le label Passivhaus dans les logements neufs.

Celui-ci est considéré par les bailleurs sociaux comme :

  • trop exigeant pour des occupants qui ne sauront pas utiliser correctement le logement
  • comme imposant une ventilation qui n’est pas au service de la santé mais des économies d’énergie. Elle est jugée responsable de courants d’air sec et de bruit.
  • sans oublier les coûts de maintenance.

Royaume-Uni 

Logiquement des systèmes de ventilation mécanique mal installés générent des difficultés d’utilisation et d’entretien. Cela s’ajoute aux réticences relatives au coût de tels systèmes.

Dans l’ensemble des pays étudiés, on constate que la majorité des architectes s’intéressent peu à la problématique de la ventilation. Ils voient la VMC double flux comme une source potentielle de problèmes. Ces systèmes sont coûteux, parfois bruyants et complexes à intégrer dans le bâti.

Malgré les campagnes de communication, le niveau d’information des utilisateurs finaux reste faible. Car la pollution de l’air intérieur est un phénomène qui ne se voit pas.

Et le grand public ne fait généralement pas le lien entre l’apparition de moisissures et la mauvaise qualité de l’air intérieur.

La formation des professionnels pour la VMC décentralisée et centralisée

De surcroît nos voisins européens ont mis en place des actions d’information à destination des professionnels afin d’orienter le marché vers des bâtiments sains.

Allemagne

Les matériaux de construction sont soumis à des seuils d’émissions de COV.

Les valeurs limites sont définies par le Comité des professionnels de santé.

Cette mesure participe à promouvoir le concept de bâtiment sain sur le marché haut de gamme. Et à développer la demande, de la part du grand public, des matériaux non polluants pour le logement.

Suéde

Toutefois les associations des professionnels de la ventilation et de lutte contre l’asthme se sont associées pour publier une brochure. Elle alerte le grand public, au titre évocateur : Indoor air : the silent killer – Air intérieur : le tueur silencieux.

Royaume-Uni

De même l’association d’industriels BEAMA prépare une campagne d’information sur le même thème, en collaboration avec les organismes de santé.

Autriche

Finalement une base de données de certification des produits est créée pour les professionnels. Elle les aide à choisir les produits de construction les moins impactant pour la qualité de l’air intérieur.

L’index IBO, Institut autrichien de bâtiments sains et écologiques, sert de socle à un dispositif de subventions.

Les propriétaires bailleurs peuvent obtenir des subventions de la part des régions autrichiennes. Il faut en faire la demande dans le cadre de projets de construction ou de réhabilitation lourde. Les matériaux doivent faire partie de la base de données .

Par ailleurs, les matériaux contenant des formaldéhydes sont interdits.

Des labels pour identifier les matériaux et produits les moins émissifs

Dans les différents pays étudiés, l’amélioration de la qualité de l’air intérieur passe par des matériaux peu émissifs.

La directive européenne sur les produits de construction, exige une déclaration de performance de ces produits vis-à-vis de l’environnement, du climat et de la santé. Elle donne des informations sur leurs émissions dans l’air.

En complément, de nombreux labels d’application volontaire existent. Ils établissent des exigences de qualité en certifiant le faible impact des produits sur le climat (CO2, consommation d’énergie), l’environnement (ressources naturelles) et la santé.

Depuis 1992, les fabricants de l’Union peuvent faire appel à l’Ecolabel européen Il s’applique à 26 catégories de produits et indique notamment leur teneur en COV.

Allemagne et Autriche

Sûrement c’est pays sont les plus avancés en la matière.

Le label Ange Bleu, émanant de l’Agence pour l’environnement, certifie l’impact des produits sur le climat, l’environnement et la santé.

Il s’applique à 120 catégories de produits, dont les produits de construction.

Aussi il existe dans ces deux pays des labels d’origine privée, comme NaturePlus, émanant notamment des industriels. Il peut aussi être attribué en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse. Ce label certifie le faible impact sur l’environnement et la santé. Les produits doivent avoir au moins 85 % de matières premières renouvelables.

Suéde

Nordic Eco-label, émanant du Nordic Council of Ministers, évalue l’impact sur l’environnement et la santé de 63 catégories de produits de construction. Il couvre l’ensemble de la Scandinavie.

Allemagne

Mais encore on recense des labels d’origine privée appliqués à des catégories spécifiques de produits. Comme le label GUT pour les revêtements de sols textiles, ou Emicode pour les fabricants d’adhésifs.

Dans ce même pays, il existe un marquage Ü obligatoire, émanant du Comité évaluation santé des produits bâtiment AgBB, pour les revêtements de sols. Il impose des limites d’émissions de COV à 1 000 µg/m3.

Ces labels, présents pour certains sur le marché français, constituent une première étape vers la généralisation d’un marquage pour l’ensemble des matériaux et produits de construction. Ils sont souvent plus exigeants que la réglementation. Ils prennent en compte un spectre plus large de polluants.

Evolutions de la VMC décentralisée et centralisée

La santé

Parmi les vecteurs d’amélioration de la qualité de l’air intérieur, figurent les certifications volontaires de bâtiments durables. Internationales (BREEAM, LEED, HQE, DGNB…) ou nationales (Klima activ en Autriche…). Elles prennent en compte la santé et le bien-être des occupants. Ceci à travers des critères de confort thermique, de bruit, d’éclairage et de pollution intérieure. Des mesures des COV ont lieu entre la fin de la construction et le début de l’occupation des lieux.

L’innovation du matériel

Toutefois, ces certifications concernent pour l’essentiel les marchés tertiaires. Des progrès sont attendus du côté de l’innovation industrielle. L’installation des systèmes de ventilation est plus simple. Les coûts d’utilisation sont réduits.
Les fabricants travaillent aussi à des solutions de ventilation hybrides.

Elles combinent ventilation double flux avec récupération de chaleur de l’air :

  • en hiver extraction
  • en été, ventilation naturelle par ouverture automatisée
  • et autrement, association des deux modes de ventilation.

La domotique pour la qualité de l’air

Enfin, la domotique informe les usagers, sur leur smartphone, de la qualité de l’air intérieur. Ils pilotent les systèmes de ventilation en connaissant le taux d’humidité ou de CO2. Du côté des matériaux et produits de construction, les industriels développent des solutions moins nocives pour l’environnement. Ils proposent des produits innovants, qui absorbent les polluants de l’air intérieur.

La réglementation

Chez nos voisins européens, sous l’effet conjugué du renforcement des réglementations thermiques et de l’amélioration des produits, la ventilation mécanique avec récupération de chaleur se généralise dans le neuf.

De façon générale, on constate les maîtres d’ouvrage ne prennent pas suffisamment en compte la ventilation.

La définition d’un lot ventilation à part entière pourrait mieux garantir les performances et la qualité de l’installation. Une telle pratique implique les acteurs, depuis la conception, en passant par la pose et le contrôle des installations, jusqu’à la maintenance à laquelle les utilisateurs seront associés.

Bien que la qualité de l’air intérieur soit invisible, la sensibilisation progressive du grand public suscite des attentes croissantes vis-à-vis de matériaux et bâtiments sains.

Equilibre entre santé et économie d’énergie

En définitive, il faudra trouver l’équilibre entre une bonne qualité de l’air intérieur et les objectifs d’efficacité énergétique dans le cadre du bâtiment durable de demain. Cela passera par le choix de matériaux et produits peu émissifs, un renouvellement d’air efficace, une maintenance simple et un confort optimal, absence de courant d’air, de bruit.

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